The Private Eye : quand le Cloud implose

J’ai découvert “Private Eye” en parlant identités numériques avec un libraire de bandes dessinées : je lui ai parlé de l’expansion du numérique qui nous a amené à devenir des êtres doubles : à la fois physiques et numériques, jusqu’à créer une identité sur le Web qui deviendrait presque indépendante de notre volonté. Et, par association, on a évoqué les différents sujets et initiatives qui ont vu le jour pour protéger ces identités et nos données privées.

C’est là qu’il m’a parlé de “Private Eye” : et effectivement, ça collait totalement avec le sujet. Que je vous raconte :

La bande dessinée décrit un univers futuriste dans lequel Internet n’a plus droit de cité. Pourquoi ? A cause d’une catastrophe, presque biblique : le Cloud a implosé. Pendant 40 jours et 40 nuits, l’intégralité des données de tous les utilisateurs ont été rendues publiques. Photos, messages privés, historiques de recherche… Tout. De quoi ruiner la vie de beaucoup, et rendre paranoïaque même le plus candide des internautes. Alors Internet a été banni, mais la société ne s’est pas arrêtée là ; toute allusion à l’identité d’une personne est devenue tabou. A partir de la majorité, toute personne a le droit de se choisir un “nyme”, nom d’emprunt changeable à volonté, et personne ne sort sans un masque, costume ou travestissement plus ou moins poussé. Le simple fait de détenir l’adresse postale d’une personne sans son autorisation expresse est un crime fédéral. La presse a remplacé la police. Le pire châtiment : passer à la Tevee.

Dans cette société où on ne se mêle pas des affaires des autres, Patrick Immelman exerce le dangereux métier de détective privé. Une affaire qu’il pensait boucler va lui revenir, et apporter des complications qu’il n’avait pas osé imaginer…Voire même annoncer le retour d’Internet.

Tout d’abord, j’ai adoré le style graphique, ce qui est rare dans les comics avec lesquels j’ai du mal ; le dessin est très beau, et la colorisation volontairement “pop” tranche avec les aspects les plus sombres de l’intrigue.

Le format paysage de la BD, assez conséquente, apporte une touche d’originalité que j’adore avec les romans graphiques, sans oublier les carnets graphiques en fin d’ouvrage.

L’histoire, bien que sombre, est assez facile à suivre et les personnages sont assez attachants, même si on en apprend très peu sur eux ; j’ai particulièrement adoré le grand-père du héros, issu de la génération Y, avec les nombreuses allusions à son époque, un personnage hyper tatoué, hyperactif, une sorte d’ado ayant vieilli prématurément. Il apporte une touche d’humour et d’inattendu dans une intrigue policière somme toute assez classique.

C’est, pour résumer, une très belle bande dessinée et j’ai eu grand plaisir à la lire. Si vous la dénichez, n’hésitez pas !

 

 

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